Quel est le problème ?

Au niveau de l’épaule, les calcifications sont des amas de calcaire qui s’accumulent au sein des tendons de la coiffe des rotateurs. Il s’agit surtout du tendon sus-épineux, ensuite du sous-épineux, et plus rarement du sous-scapulaire.

Schéma d’une épaule droite. Les calcifications se développent au sein des tendons (zones grises des muscles sur le schéma)

Il s’agit d’un phénomène fréquent, puisque 3% de la population générale présente des calcifications tendineuses à l’épaule. On ne sait pas d’où cela provient, ni pourquoi ces personnes développent cela. Probablement qu’il existe une prédisposition génétique.

La majorité des personnes présentant une calcification ne le savent pas. En effet la plupart du temps cela ne s’accompagne d’aucun symptôme.

Par contre, parfois, les calcifications peuvent donner des symptômes : il s’agit typiquement d’une crise douloureuse très violente, brutale, touchant toute l’épaule (souvent le matin au réveil), en dehors de tout traumatisme. Cela touche surtout les femmes de 35 à 55 ans. Les patients ne comprennent souvent pas le problème, car ils n’ont pas reçu de « coup », ne sont pas tombés etc…

Ces crises correspondent à une libération spontanée de calcification dans l’espace sous l’acromion. Le calcaire libéré à cet endroit est reconnu comme un corps étranger par l’organisme, qui déclenche une très forte réaction inflammatoire pour l’éliminer. C’est cette inflammation qui fait mal. Les douleurs vont crescendo pendant quelques jours, puis diminuent spontanément. La crise va donc « guérir » spontanément, en 8j à 3 mois. La durée de guérison est très variable, et parfois l’épaule avec l’inflammation va être devenue très raide (« blocage » des mobilités). Il faudra alors beaucoup de temps pour mobiliser de nouveau normalement l’épaule, et donc revenir à une épaule non douloureuse.

Dans certains cas, les patients vont présenter des crises douloureuses de ce type, mais auront aussi des douleurs plus chroniques, habituelles, parfois depuis des années. Ils auront alors, en plus du problème de calcification, un conflit sous acromial. Il faudra alors associer au traitement de la calcification, le traitement de ce conflit. Pour ces patients, les tendons ont un problème « interne » (la calcification) et un problème « externe » (l’os crochu ou acromion qui « attaque » le tendon par le dessus).

Comment faire le diagnostic ?

  • Interrogatoire : Les patients vont décrire une histoire de leur maladie semblable à celle détaillée plus haut. Le chirurgien recherchera un diagnostic associé, en particulier un conflit sous acromial.
  • Examen clinique : La douleur peut être très importante, surtout en pleine crise inflammatoire. Ensuite, c’est la raideur (le « blocage » de l’articulation) qui prend souvent le dessus. Les patients auront donc une limitation des amplitudes articulaires à l’examen, et souvent des douleurs à la palpation des tendons de la coiffe des rotateurs.
  • Examens complémentaires : Une simple radiographie de l’épaule permet de faire le diagnostic. On verra très bien la calcification, sous l’acromion. Plusieurs type de calcification sont décrits : Quand il existe une seule calcification = Type A ; 2 ou 3 calcifications bien individualisées = Type B ; De nombreux « grains » fins et diffus de calcification = Type C. On demandera ensuite, selon l’examen clinique, d’autres examens plus poussés, pour vérifier l’état exact des tendons (IRM ou Arthro-scanner de l’épaule).

Calcification de type A du sus-épineux (Radiographie de Face d’épaule)

Quel est le traitement ?

  • Le traitement des calcifications est avant tout médical. On va essayer de passer l’épisode douloureux aigu grâce à des soins non chirurgicaux : diminution / adaptation des activités professionnelles et sportives, antalgiques, anti-inflammatoires, glace, kinésithérapie (massages, physiothérapie ou lutte contre la douleur), balnéothérapie ou travail en piscine). Il existe de nombreux types de traitement qui auront 2 buts principaux : diminuer l’inflammation, et éviter l’installation de la raideur d’épaule. Par ce biais, on peut espérer en quelques semaines un retour à l’état habituel de l’épaule. Il faut en fait « accompagner » la nature pour éliminer le calcium situé à un endroit « anormal ». La libération de la calcification est au final un phénomène naturel, par lequel le tendon va « guérir » de la calcification, en remplissant l’espace laissé libre par des fibres musculaires normales. Parfois cependant ce phénomène peut être très long, notamment quand les patients auront « forcé » sur leur épaule au début de la crise. Mais la calcification peut au final disparaître spontanément du tendon, sans traitement « agressif », comme sur la radiographie ci-dessous.

Disparition spontanée de la calcification par un traitement uniquement médical (radiographie de face, même patient que plus haut)

  • Techniques de mobilisation de la calcification : Parfois, les patients peuvent bénéficier d’un geste (souvent réalisé par les rhumatologues ou les radiologues, sous contrôle échographique ou radiographique) de ponction – trituration de la calcification : le médecin va tenter de mobiliser et d’aspirer le contenu de la calcification, sous anesthésie locale, avec une aiguille. Souvent il fera dans le même temps une infiltration de cortisone sous l’acromion, pour diminuer l’inflammation. L’infiltration sera aussi réalisée seule avec parfois de grands bénéfices.
  • Traitement chirurgical : le traitement chirurgical des calcifications est très discuté. Pour le Dr Bessière, celui-ci doit être réservé à des cas très précis, décrits ICI. Il faut dans tous les cas que l’épaule soit souple et le moins inflammatoire possible. D’autre part, la chirurgie ne sera discutée qu’après un traitement médical bien conduit d’au moins 3 mois.